


Textes & critiques
Dr. Michael F. Herrmann
Conservateur d’art contemporain
Allemagne, États-Unis
Une grande partie des peintures de Daniel Lacomme sont établies dans la gamme et la palette de noirs élégants, raffinés, entrecoupées parfois d’éclairs de bleu de cobalt ou d’outremer, d’estampages rouges ou plus lumineux encore. Mais c’est l’économie dans le choix des couleurs, dans le mélange délicat de leurs touches et de leur application sur fond sombre qui les fait entrer dans le domaine d’un art transcendant. La surface colorée rayonne ainsi de cette lumière qui donne à la peinture réflexion et profondeur.
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Dans son travail récent, Daniel Lacomme semble vouloir explorer la lumière. Là où les formes restaient autrefois dans des couleurs sombres, elles apparaissent maintenant dans différentes nuances de jaune. Parfois ensoleillées, puis resplendissantes dans le vert, ces œuvres diffusent une grande luminosité sans paraître hurlantes ni envahissantes. C’est comme un chemin allant de l’obscurité lourde à la lumière planante, presque comme une métaphore de la vie, un chemin allant du sol terrestre à la lumière dématérialisée et mystérieuse à la fin de l’existence terrestre.
Daniel Lacomme est un artiste d’une imagerie poétique presque oubliée. Ce que le monde de l’art éduqué a décrit comme un style libérateur dans les années soixante a dégénéré en une insignifiance décorative à notre époque.
Daniel Lacomme est un survivant, qui recrée toujours ses images, ne dépeint rien, ne crée pas de postulat fort, il s’agit d’un son de couleur finement réglé, d’une harmonie de juxtaposition, d’une existence du message poétique. Il est un grand maître dans ce domaine.
Antoine Frérot
Chef d’entreprise
France
Quand on a eu l’occasion d’en voir une première fois, une peinture de Daniel Lacomme se reconnait entre mille ! Parce que ce peintre crée un monde nouveau, un monde qui n’appartient qu’à lui. Sa peinture est abstraite, mais on n’y éprouve jamais le besoin d’y reconnaître ou d’y identifier quoi que ce soit des choses qui nous sont familières.
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Ni paysage, ni trace, ni même souvenir du monde connu. C’est sans doute de là que vient la réputation de cette peinture d’être difficile d’accès. Et pourtant, je connais des amateurs qui, dès leur adolescence, en ont été émerveillés, au point de souhaiter ardemment s’en voir offrir une. Éblouis, ils le restent vingt ans plus tard. À chacun de leurs déménagements dans différentes villes du monde, et c’est cette œuvre de Daniel Lacomme qui les accompagne avant toute chose, comme une part d’eux-mêmes.
S’il en est ainsi, c’est parce qu’il crée un monde qui se suffit à lui-même, un monde complet dans lequel chaque tableau constitue une unité où il serait difficile d’enlever ou de rajouter quoi que ce soit sans le déséquilibrer ; un monde dont, à chaque œuvre, il explore, ou plutôt met à jour un nouvel aspect des choses, une nouvelle région du sensible.
C’est donc à un voyage qu’il nous convie, et même à une véritable aventure, avec sa part de surprise et sa part de mystère.
Mais de quelle aventure s’agit-il plus précisément ?
De celle, simultanée, de l’épanouissement des formes et de l’élaboration de la lumière picturale, de leur rivalité, de leur jeu de poursuite et de cache-cache dans les profondeurs de ce nouvel espace, de leur union, enfin, dans un équilibre et une harmonie comme seule la Nature nous semblait capable d’en produire.
En effet, ces formes inventées, absolument exemptes de toute référence figurative, ont la richesse et la complexité des formes naturelles. Elles en ont aussi la profondeur, au point qu’il nous vient la sensation de les avoir déjà rencontrées.
Il faut dire qu’au-delà du geste initial qui prend possession de l’espace de la toile, la rigueur de la composition, la cohésion des diverses formes entre elles, le dynamisme général du tableau, sont l’aboutissement de la recherche patiente et clairvoyante de Daniel Lacomme, et peut être la part la plus achevée de son expérience et de son exigence. Il en devient difficile d’y déceler ce qui relève de la mûre réflexion et de la sensibilité instinctive dans l’exploitation des virtualités plastiques que ces formes ont pu initialement faire apparaitre, formes menées ensuite jusqu’à leur accomplissement. Et pour épouser cette exigence de la Forme, l’agencement des matières, les tensions entre les mats, les satinés et les brillants, relèvent d’un savoir-faire et d’une science rarement égalés.
C’est à ce moment que la lumière entre en scène. Elle ne provient pas de l’extérieur, mais sourd de l’intérieur du tableau. Elle surgit du dessous d’un mat, glisse sur un brillant, se noie dans un blanc ou un vide,… pour ressurgir, vengeresse et dominatrice, un peu plus loin sur la toile, dans une résurgence de jaune ou une traînée de bleu, ou bien replonger dans la profondeur d’un rouge pour l’aider à dominer des noirs.
Cette lumière qui émane de l’intérieur du tableau m’évoque le travail de Pierre Tal Coat, avec lequel les peintures de Lacomme partagent une autre caractéristique : celle de l’Ouvert.
L’Ouvert chez Tal Coat est une quête obstinée, condition même de l’existence du tableau, exigence quasi-ontologique de son travail. On le devine moins « pensé » chez Lacomme, davantage le fruit d’une attitude prête à exploiter toute ouverture suggérée par les formes et la lumière, toute surprise survenue en dehors de la volonté du peintre, et permettant d’y accueillir d’autres imaginations, d’autres regards, d’autres vécus. Il laisse monter ce qui doit dépasser ce qu’il voulait faire consciemment.
Parce qu’effectivement ses tableaux acquièrent une vie propre, ses formes expriment et veulent signifier. Une vie surgit comme des entrailles de la terre : un monde comme antérieur au monde connu, antérieur même au projet initial de l’artiste. Un monde qui s’est reconstruit, ou plutôt se construit sous nos yeux. On soupçonne d’anciennes et sombres luttes sous les noirs que masque la sensualité apaisée de leurs surfaces, surfaces qu’on est tenté de caresser, comme pour en éprouver la réalité et vérifier la possibilité de s’y lover.
Car ce monde est un monde que l’amateur ressent vite comme un monde habitable parce qu’équilibré, cohérent, dynamique, harmonieux, profond, parfois solaire. Les formes parlent, la couleur monte, la lumière traduit, et l’ensemble réveille quelque chose d’enfoui dans notre mémoire intime. Cet univers créé de toute pièce dévoile un sens qu’on ne soupçonnerait pas au regard de son exécution.
Et il est fort probable que ce sens, il le doive justement à cette exécution. Quand on parle d’abstraction, on imagine souvent le geste pur. On imagine le jeu gratuit des formes et leurs libres métamorphoses, qui ont caractérisé pour beaucoup la réalité brute, objective et horizontale de la condition humaine. Mais l’irruption du sens vient verticaliser cette sensation et donner du sel à la vie. Le fait de laisser advenir ce qui n’était initialement pas pensé, d’y rester disponible et ouvert, de l’aider à s’épancher, de laisser parler les formes et monter la lumière, de se faire ainsi le complice de l’irraisonné, construit une place au jeu, au rêve, à la mémoire, à l’espace intérieur de chaque spectateur.
Du sens pour lui. Peut-être une illusion ?
Mais le bonheur de ressentir brusquement, par l’entremise de ce monde ainsi créé qu’il y a bien, pour sûr, quelque chose plutôt que rien.
Un moment d’allégresse, donc ! Et celle-ci n’est pas une illusion.
Pascal Vanhoecke
CIACC
Paris
L’extension de la recherche picturale de Daniel Lacomme à la gravure est assez récente. Mais les planches déjà imprimées marquent le pas d’une conquête décisive sur les questions de la forme et l’aboutissement d’une certaine qualité des noirs, particulièrement dans les aquatintes. Après la lithographie, la gravure en taille douce donne à l’œuvre de Lacomme son expression d’épanouissement : celle d’un style parvenu comme j’aime à dire « à maturité ».
Ida Médicis Galerie
Paris
Daniel Lacomme nous offre des horizons cobalt une sorte de paysagisme abstrait. Il nous invite à prendre le temps de la contemplation. Découvrir ses aplats, son travail sur papier marouflé, le presque monochrome… interpréter autrement la réalité. Daniel Lacomme rend visible ce que l’on ne peut voir. Une forme d’exigence de lecture et relecture de l’œuvre. Des découvertes à chaque regard, de la matière puis de la transparence. Des formes qui s’imposent puis disparaissent. Un va-et-vient de l’opacité vers la lumière. Un travail du geste dont l’énergie incontestable jaillit.
Frédéric Cubas-Glaser
Paris
Une fulgurance noire et contrastée, un jaillissement entrepris depuis la nuit des temps, un orangé de chine balayé par la chance de la parole. Ici, la gestuelle rencontre l’âpreté du travail, le chemin serré d’une écriture et d’une exigence absolue. Les fonds d’une aube naissante se découvrent maculés par la noirceur des nuits sans sommeil.
